LE SERMON SUR LA MONTAGNE
JEÛNER EN SECRET

(Maria Valtorta - L'Évangile tel qu'il m'a été révélé - Tome 3)

(...)

" Ce que j’ai dit pour la prière, je le dis pour le jeûne.Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme le font les hypocrites qui artificieusement exténuent leurs visages pour que le monde sache et croie, même si ce n’est pas vrai, qu’ils jeûnent. Eux aussi ont déjà eu, par la louange du monde, leur récompense et n’en auront pas d’autre. Mais vous, quand vous jeûnez prenez un air gai, lavez-vous à plusieurs eaux le visage pour qu’il paraisse frais et lisse, oignez-vous la barbe et parfumez votre chevelure, ayez sur les lèvres le sourire de quelqu’un qui a bien déjeuné. Oh! qu’en vérité ce ne soit pas tant la nourriture que l’amour qui vous soutienne! Et celui qui jeûne par amour se nourrit de l’amour. En vérité je vous dis que même si le monde vous traite de "vaniteux" et de "publicains", votre Père verra votre héroïque secret et vous en donnera double récompense, pour le jeûne et pour le sacrifice de la louange que vous pourriez recevoir.

Et maintenant que votre âme a été nourrie, allez donner la nourriture à votre corps. Que ces deux pauvres restent avec nous. Ils seront les hôtes bénis qui donneront de la saveur à notre pain. La paix soit avec vous. "

Et les deux pauvres restent. C’est une femme très amaigrie et un homme vieux, très vieux. Mais ils ne sont pas ensemble. Le hasard les a réunis et ils étaient restés dans un coin, humiliés, tendant inutilement la main à ceux qui passaient devant eux.

Jésus va directement vers eux car ils n’osent pas avancer et les prend par la main en les amenant au centre du groupe des disciples sous une espèce de tente que Pierre a dressée dans un coin et sous laquelle peut-être ils s’abritent la nuit ou se réunissent pendant les heures les plus chaudes de la journée. C’est une tente de branchages et... de manteaux. Mais elle est utile bien qu’elle soit si basse que Jésus et l’Iscariote, les deux plus grands, doivent se courber pour entrer.

"Voici le père et voici une soeur. Apportez ce que nous avons et pendant que nous prendrons notre nourriture, nous écouterons leur histoire. " Et Jésus sert personnellement les deux pauvres honteux et en écoute la lamentable histoire. Le vieillard est seul depuis que sa fille s’en est allée au loin avec son mari et a oublié son père. La femme aussi est seule depuis que la fièvre a tué son mari, et par surcroît elle est malade.

"Le monde nous méprise parce que nous sommes pauvres " dit le vieillard. " Je vais en demandant l’aumône pour recueillir de quoi accomplir la Pâque. J’ai quatre-vingts ans. J’ai toujours fait la Pâque et celle-ci est peut-être la dernière. Mais je veux aller sans aucun remords dans le sein d’Abraham. De la même façon que je pardonne à ma fille, j’espère être pardonné. Et je veux faire ma Pâque. "

"Mais le chemin est long, père."

"Plus long est le chemin du Ciel si on n’accomplit pas le rite."

"Tu chemines seul? Et si tu te sens mal en route?"

"L’ange de Dieu me fermera les yeux."

Jésus caresse sa tête tremblante et blanche et il demande à la femme: "Et toi?"

"Je vais à la recherche de travail. Si j’étais mieux nourrie, je guérirais des fièvres et si j ‘étais guérie, je pourrais travailler aux grains."

"Tu crois que la nourriture seule te guérirait?"

"Non. Il y a aussi Toi.., mais je suis une pauvre chose, une trop pauvre chose pour pouvoir demander la pitié."

"Et si je te guérissais que voudrais-tu après?"

"Rien de plus. J’aurais eu déjà bien plus que je ne puis espérer." Jésus sourit et lui donne un morceau de pain humecté d’un peu d’eau vinaigrée qui sert de boisson. La femme le mange sans parler et Jésus continue de sourire.

Le repas est vite fini. Il était tellement frugal! Apôtres et disciples vont chercher de l’ombre sur les pentes, parmi les buissons. Jésus reste sous la tente. Le vieillard s’est allongé sur l’herbe et s’endort de fatigue.

Peu après la femme, qui pourtant s’était éloignée pour se reposer à l’ombre, vient vers Jésus qui lui sourit pour l’encourager. Elle avance, timide et pourtant joyeuse, jusqu’à ce qu’elle arrive près de la tente et puis, vaincue par la joie, elle fait rapidement les derniers pas et tombe prosternée avec un cri étouffé: "Tu m’as guérie! Béni! C’est l’heure du grand frisson, et je ne l’ai plus... Oh!" et elle baise les pieds de Jésus.

"Es-tu sûre d’être guérie? Je ne te l’ai pas dit. Ce pourrait être un hasard..."

"Oh! non! Maintenant j’ai compris ton sourire quand tu m’as donné ce pain. Ta puissance est entrée en moi avec cette bouchée. Je n’ai rien à te donner en échange, rien d’autre que mon coeur. Commande à ta servante, Seigneur, et elle t’obéira jusqu’à la mort."

"Oui. Tu vois ce vieil homme? Il est seul et c’est un juste. Tu avais un mari et la mort te l’a enlevé. Lui avait une fille et l’égoïsme la lui a enlevée. C’est pire. Et pourtant, il ne maugrée pas. Mais il n’est pas juste qu’il s’en aille seul vers sa dernière heure. Sois une fille pour lui."

"Oui, mon Seigneur."

"Mais cela veut dire travailler pour deux."

"Je suis forte, maintenant, et je le ferai."

"Alors, va là-bas sur cette pente et dis à l’homme qui s’y repose, àcelui-là qui est vêtu de toile bise, qu’il vienne me trouver."

La femme s’en va promptement et revient avec Simon le Zélote.

"Viens, Simon. J’ai à te parler. Attends, femme."

Jésus s’éloigne de quelques mètres.

"Penses-tu que Lazare aurait difficulté à accueillir une travailleuse de plus?"

"Lazare? Mais je crois qu’il ne sait même pas combien il a de serviteurs. Un de plus, un de moins!... Mais, qui est-ce?"

"Cette femme. Je l’ai guérie et..."

"Ça suffit, Maître. Si tu l’as guérie, c’est signe que tu l’aimes. Ce que tu aimes est sacré pour Lazare. Je m’engage pour lui."

"C’est vrai, ce que j’aime est sacré pour Lazare. Tu as bien dit. Et pour cette raison Lazare deviendra saint, car aimant ce que j’aime, il aimera la perfection. Je veux unir ce vieil homme à cette femme et faire faire joyeusement à ce patriarche sa dernière Pâque. J’aime beaucoup les vieillards qui sont saints et si je peux leur donner un crépuscule serein, je suis heureux."

"Tu aimes aussi les enfants..." "Oui, et les malades..."

"Et ceux qui pleurent..."

"Et ceux qui sont seuls..."

"Oh! mon Maître! mais tu ne te rends pas compte que tu aimes tout le monde? Même tes ennemis?"

"Je ne m’en aperçois pas, Simon. Aimer, c’est ma nature. Voilà que le patriarche s’éveille. Allons lui dire qu’il fera la Pâque avec une fille auprès de lui et qu’il ne manquera plus de pain."

Ils reviennent à la tente où la femme, les attend et ils s’en vont tous les trois près du vieillard qui est assis et relace ses sandales.

"Que fais-tu, père?"

"Je redescends vers la vallée et j’espère trouver un abri pour la nuit, et demain je mendierai sur la route et puis... peu à peu... d’ici un mois, si je ne meurs pas, je serai au Temple."

"Non."

"Je ne dois pas? Pourquoi?"

"Parce que le bon Dieu ne le veut pas. Tu n’iras pas seul. Cette femme viendra avec toi. Elle te conduira où je lui dirai et vous serez accueillis par amour pour Moi. Tu feras la Pâque, mais sans t’épuiser. Ta croix, tu l’as déjà portée, père. Dépose-la maintenant et recueille-toi en prière d’action de grâces pour le bon Dieu."

"Mais pourquoi... mais pourquoi... moi.., moi, je ne mérite pas tant... Toi... une fille... C’est plus que si tu me donnais vingt ans... Et où, où m’envoies-tu?..." Le vieil homme pleure dans le buisson de sa longue barbe.

"Chez Lazare de Théophile. Je ne sais pas si tu le connais."

"Oh!... Je suis des confins de la Syrie et je me souviens de Théophile... Mais.., mais... Oh! Fils béni de Dieu, laisse-moi te bénir!"

Et Jésus, assis comme il l’est sur l’herbe en face du vieillard, se penche réellement pour lui permettre de Lui imposer solennellement les mains sur la tête. D’une voix de tonnerre, de sa voix caverneuse de vieillard, il prononce l’antique bénédiction: "Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur te montre sa face et ait pitié de Toi. Que le Seigneur tourne vers Toi son regard et te donne sa paix."

Jésus, Simon et la femme répondent ensemble: "Et qu’il en soit ainsi."

 


Jeûner en secret (Matthieu 6,16-18)

Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.